La rédac' débat : rejouer ou non Chalon-Cholet ?

La rédac' débat : rejouer ou non Chalon-Cholet ?

Nicolas Patissier 8/1/2014 à 17h26

Rédigé en collaboration avec Vincent Couty.

 

  • Rappel des faits

Le 7 décembre dernier, pour le compte de la 10ème journée de Pro A, Chalon affronte Cholet au Colisée. À quelques secondes de la fin du match, alors que les Choletais mènent de deux points, A.J. Slaughter déclenche un trois-points en course qui donne la victoire aux siens. Après vérification vidéo, l'arbitre accorde le panier, et donne la victoire aux locaux. Oui mais voilà, il semble bien que Clint Capela ait touché le ballon avant qu'il ne transperce le cercle, ce qui en ferait un deux-points, et qui aurait emmené le match en prolongations. Cholet lance une réclamation auprès de la Chambre d'appel de la Fédération, celle-ci décidant le 2 janvier de faire rejouer le match la semaine suivante soit... ce soir-même, une décision que la rédaction avait alors qualifié de logique, au regard de l'imbroglio qu'avait été la décision de faire rejouer les huit dernières secondes du patch Paris-Levallois – BCM Gravelines.

http://www.insidebasketeurope.com/actu/chalon-cholet-le-match-sera-bien-rejoue.html

Dominique Juillot, président de l'Élan Chalon, a fait part de sa frustration dans un communiqué de presse publié le 6 janvier (http://www.insidebasketeurope.com/actu/communique-de-presse-dominique-juillot.html), et menace de faire appel au CNOSF (Comité national olympique et sportif français), voire au Tribunal administratif. ISBE a décidé de vous faire partager une synthèse du débat qui a eu lieu en interne au sujet de cette décision, et de la réaction de M. Juillot.

 

  • Synthèse du débat

La pertinence de l'argument central de M. Juillot ne peut être niée : depuis quand la Ligue ou la Fédération est en mesure de modifier une décision arbitrale a posteriori, et faire rejouer un match qui a été déclaré terminé par les arbitres ? La rédaction est composée d'autant de supporters de Chalon que de Cholet, mais sur ce point, elle a été unanime. C'est un cas rarissime, sinon inédit dans le sport professionnel. La NBA est en mesure de transformer une faute technique ou flagrante d'un échelon 1 à 2, ou inversement, après un match, mais cela n'impacte que les sanctions afférentes à ces types de faute : il n'est pas question d'annuler un second lancer, ou une possession, qui aurait été obtenue par cette faute ! Ainsi, comme M. Juillot, cette affaire décrédibilise autant les instances du basket français que l'usage de la vidéo, qui a été un progrès incontestable, même s'il n'a pas effacé les erreurs d'arbitrages : celles-ci demeurent, leur impact sur le jeu également, aussi dramatique soit-il. Car soyons clairs, selon nous, ce match aurait bien dû aller en prolongations. Cependant, il a été souligné que la plainte de Chalon semblait un peu hypocrite : ce report est une nouvelle opportunité de faire salle comble, et victoire ou pas, le club aura de toutes façons fait une bonne opération financière dans ce micmac, avant éventuellement de porter réclamation « devant le CNOSF ou le TA » (cf. Conférence de presse de M. Juillot) en cas de défaite. Comme d'autres affaires de ce type avant elle, celle-ci risque de passer aux oubliettes, jusqu'à la prochaine erreur d'arbitrage, et au prochain scandale.

Remémorons-nous un douloureux souvenir... lors de la saison 2010-2011 l'arbitre David Chambon avait accordé un panier au buzzer à Poitiers qui avait gagné à Chalon 74-75 le 23 avril 2011 sans avoir recours à la vidéo pour juger. Il s'est avéré que le tir avait été en fait déclenché après le buzzer... fin de l'histoire, victoire de Poitiers mais début de polémique. Ce même arbitre s'est retrouvé dans ce cas quelques semaines plus tard le 10 mai en arbitrant ASVEL-Paris. La victoire de Paris signifiait la descente de Vichy... hors lorsque Eric Chatfield rentre son triple corner gauche, l'Astroballe est suspendue à la décision de M. Chambon qui, apprenant de ses erreurs et ne voulant pas répéter son erreur avec un enjeu aussi important, a demandé le recours à la vidéo et a accordé (avec exactitude) la victoire à Paris. Ces deux décisions à quelques semaines d'intervalles sont intrinsèquement liées car cet arbitrage inégal sur deux situations similaires de la part du même arbitre principal a fait une seule victime au final, la JA Vichy qui était à la lutte avec Poitiers ET Paris. Tout le monde est tombé sur le dos de M. Chambon, qui pensait avoir appris de ses erreurs, et qui en a payé le prix : il a été suspendu du haut niveau pendant plus d'un an. Tout le monde s'était accordé à admettre que la vidéo sur des cas litigieux devait être employée... mais en l'absence de caméras derrière les panneaux, les mêmes cas litigieux se posent, trois ans plus tard.

Pour conclure, nous sommes d'accord avec Dominique Juillot que cette décision amène une jurisprudence tendancieuse, qui pourrait par la suite décourager les arbitres d'employer la vidéo, et les conduire à reporter la responsabilité de leurs erreurs sur la Fédération. La date rapprochée du report (annoncé le 2 janvier pour la semaine suivante) empêche également Chalon de porter un recours avant que ce match soit joué. Un peu hâtif donc. Quoi qu'il en soit, le meilleur moyen d'améliorer l'arbitrage vidéo serait encore d'installer des caméras derrière les paniers : cela aurait évité, ici comme dans d'autres cas moins médiatisés, pas mal de problèmes.