Yannick Souvré : ''Le duel avec Valenciennes ? Mon Dieu que c'était génial !''

Yannick Souvré : ''Le duel avec Valenciennes ? Mon Dieu que c'était génial !''

Bruno Zem07 24/12/2013 à 16h36
Voici pour vous un petit cadeau de Noël quelques heures en avance. Une interview exclusive de l' icône du basket Français féminin, Yannick Souvré. Première figure médiatique chez les filles, Yannick a accepté avec une grande gentillesse de répondre à quelques questions de notre part. Retraitée depuis 10 ans l'ancienne capitaine et meneuse des Bleues est revenue avec nous sur quelques instants marquants de sa carrière et sur ses nouvelles fonctions.
A savourer sans aucune modération.
 
 
 
 
 
 
Inside Basket Europe : Tout d'abord merci beaucoup de nous accorder cette interview, c'est un plaisir et un honneur pour nous de pouvoir recueillir quelques propos pour notre site.
 
 
Yannick Souvré : Pas de soucis c'est un plaisir également
 
 
ISBE : Est-ce que vous pouvez nous dire comment vous êtes venus au basket ? Pourquoi ce sport à un moment où il n'était pas très médiatisé ?
 
 
Y.S : C'est très simple, c'est une histoire de famille, mon père a été international et ma maman a joué en seconde division, c'est naturellement que je suis venu à ce sport. Mes proches me disent que j'ai commencé vers 5 ans mais j'ai l'impression d'avoir toujours baigné dedans, ma mère était enceinte de moi et au bord des terrains d'où cette impression (rires) ! Ma grande sœur qui a deux ans de plus que moi jouait aussi donc véritable histoire de famille, je suis tombée dedans quand j'étais petite.
 
 
ISBE : Vous avez commencé très tôt votre carrière professionnelle, comment cela s'est-il passé ?
 
 
Y.S : Et bien un concours de circonstances et un gros coup de chance, et un peu de maturité. Je suis partie pour le centre de formation de Mirande à 14 ans avec ma grande sœur, et la meneuse de jeu titulaire Valérie Garnier, se casse le genou. Du coup ma sœur et moi sommes testées par Alain Jardel pendant la pré-saison pour essayer de compléter l'équipe première. C'est moi qu'il a retenu, et en fait je n'ai jamais joué en espoirs.
 
 
ISBE : De plus vous avez eu un titre assez rapidement.
 
 
Y.S : Oui nous avons attendu tout de même 3 ou 4 ans avant le titre national. Je suis arrivée l'année où Mirande a accédé à la Première Division. J'ai passé de superbes années là-bas, avec pas mal d'insouciance, du leadership naturel, et la confiance du coach Alain Jardel qui m'a fait joué de plus en plus.
 
 
ISBE : Un temps de jeu et des performances qui vous ont ouvert les portes de l' Equipe de France.
 
 
Y.S : Oui, mais j'avais décidé de faire un passage aux Etats-Unis, mais ce n'était pas conciliable avec l'Equipe de France, et je ne voulais pas me fermer ces portes. C'était une super expérience mais je suis donc revenue en France d'abord à Paris puis une saison à Rouen avant de passer et finir ma carrière à Bourges.
 
 
ISBE : Vous y avez vécu les saisons fastes de ce club et surtout les grands débuts au plus haut niveau Européen.
 
 
Y.S : Oui le club a travaillé dur avec un objectif, aller le plus haut possible. Un objectif assez gonflé à l'époque, mais le recrutement de Vadim Kapranov ( coach de Bourges de 93 à 99 ) et des joueuses qui ont suivi ont donné un sens à tout ça. La victoire en Coupe Ronchetti ( EuroCup de l'époque ) a ouvert la voie jusqu'à la saison où à mon sens il y avait la meilleure équipe dans laquelle j'ai évolué avec le titre à Larissa ( Grèce ) en 1997. En plus on fait cette finale sans coach car Vadim Kapranov était aux obsèques de sa fille.
On avait à ce moment là ce qui se faisait de mieux en France et en Europe.
 
 
ISBE : Oui, une équipe de légende, mais cette domination a été bouleversée par l'arrivée de Valenciennes, comment avez vous vécu cette passation de pouvoir ?
 
 
Y.S : Vous m'auriez posé cette question il y a dix ans je n'aurais pas répondu de la même manière, mais avec le recul j'ai juste envie de dire : Mon Dieu que c'était génial ! C'était génial, des moments grandioses de ma carrière, ces matches n'étaient pas des derbys mais il y avait une ambiance particulière, des confrontations énormes. Cette émulation était extrêmement positive pour le basket Français, pour l'Equipe de France, on se tirait la bourre comme des folles, ce n'était pas la guerre car c'est un terme fort, mais de vraies batailles. Ça laisse des moments, des émotions, c'était fort ! Je suis très très contente de l'avoir vécu, même si un moment donné Valenciennes nous a dépassé. On a quand même réussi à se venger quelques fois, et ce qu'il faut ne pas oublier c'est qu'avec Valenciennes et Bourges le basket féminin Français a eu la main mise sur l' EuroLeague. Et c'était chouette d'avoir fait partie de ça.
 
 
ISBE : Est-ce que vous pensez comme nous que ce duel a lancé pas mal de choses pour le basket féminin ?
 
 
Y.S : Ah oui c'est sûr, je suis persuadée que ça a lancé plein de choses, déjà l'arrivée de Kapranov a été l’élément déclencheur, il nous a inculqué une autre culture, nous a fait comprendre qu'en France nous n'étions pas si mauvaise que ça, on a commencé à gagner avec Bourges, de ces victoires est née une nouvelle mentalité en Equipe de France, cette mentalité a été transmise qu'on le veuille ou non aux filles de Valenciennes, une fille comme Isabelle Fijalkowski qui est passée d'un club à l'autre la également transmise. Et les autres clubs aussi ont profité de ça, car ils avaient de quoi s'identifier. Ça a tiré tout le basket Français féminin vers le haut même l' Equipe de France. Et au delà de ça c'était des moments grandioses, quand on arrivait dans la salle de Valenciennes c'était intense et j'ai adoré vivre cette période. Avec le recul c'est vraiment ça qui reste.
 
 
ISBE : Oui c'est le plus important, le plaisir sur le terrain !
 
 
Y.S : Oui, sur le moment je n'aurais certainement pas répondu ça, mais quand les années passent ce n'est pas toujours ce que l'on croit qui reste. Je me souviens une année avec Bourges on finit la saison sans perdre un seul match, pas une seule défaite ! Je ne pense pas que c'est ce que le public veut voir, c'est pas agréable  non plus trop longtemps. Ce qu'on veut voir ce sont des matches qui se tiennent, pas une équipe qui écrase tout le monde. 
 
 
"Participer aux J.O c'était vraiment un Graal"
 
 
ISBE : Et sur un plan plus personnel quel est le moment qui vous a le plus marqué ? 
 
 
Y.S : Le premier, c'est les J.O, mais pas sur le terrain, plus le fait d'avoir participé à l’événement planétaire. J'ai grandi avec les J.O et je ne ratais jamais la cérémonie d'ouverture. Je n'en rêvais pas étant jeune parce que le basket féminin Français en était très loin. J'ai rêvé d'être Championne d' Europe, mais les J.O c'était vraiment un Graal. Après il y a les souvenirs de titres, comme celui de Championne d'Europe en France en 2001 c'était énorme. Bien évidemment  je n'oublie pas mes 3 titres d'EuroLeague avec le Bourges Basket.
 
 
ISBE : Quel regard portez vous sur la réussite des Braqueuses à Londres par rapport à ce que vous avez vécu à Sydney en 2000?
 
 
Y.S : Je pense déjà que pour notre tournoi on aurait pu faire mieux, mais on manquait d'expérience face à des sélections du Monde entier, nous étions pas habituées à faire ce genre de matches, alors que la génération actuelle a plus l'habitude de ça. En plus elles étaient sur un nuage, portée par une Céline Dumerc qui planait ! Elle a réussi à se laisser porter, transcender par l'événement. Je suis vraiment contente pour elles.
 
 
 
 
 
ISBE : Comment avez vous préparé votre retraite, votre reconversion ?
 
 
Y.S : Je m'en suis occupé bien avant de raccrocher car c'était quelque chose qui me faisait un peu peur, j'avais prévu plein de choses avec Bourges, la formation de général manager, la fédération, la télé, car j'avais très très peur de m'ennuyer. Et puis sur un concours de circonstances j'ai rencontré mon futur patron sur un tirage au sort des Coupes d'Europe où je représentais Bourges. On a discuté pendant plus de trois heures où il m'a proposé un job. Une opportunité d'intégrer l'entité FIBA Europe qui voyait à peine le jour, une opportunité qui n'allait pas se représenter, puisque le poste de Directrice du Marketing m'a été proposé par le boss de l'époque non pas pour mon carnet d'adresse, mais par rapport à mon attitude sur le terrain lors de deux grosses défaites où je n'ai jamais lâché. Mon futur patron qui a vu ces matches c'était dit "il me la faut dans mon équipe". Donc vraiment une chance inouïe de me retrouver assise à côté de lui alors que ce n'était pas prévu, et j'ai décidé de ne pas laisser passer cette chance.
Je gère surtout le service communication, événementiel, je fais du marketing et j'ai un coup d’œil sur tout ce qui est logistique. C'est un rêve pour moi, je suis sur tous les gros événements, je parle basket, je vis basket c'est une chance inouïe.
 
 
ISBE : Et bien merci à vous de nous avoir accordé un peu de temps au milieu de ce nouveau travail fort intéressant. Nous vous souhaitons de poursuivre dans cette voie et de prendre le plus de plaisir autour de la balle orange.
 
 
Y.S : Merci à vous c'était un grand plaisir !