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Jean-Denys Choulet - Coach Chalon : ''Maintenant j'ai une maison... c'est...

Jean-Denys Choulet - Coach Chalon : ''Maintenant j'ai une maison... c'est Chalon !''

 
Jean-Denys Choulet - Interview Exclusive - Elan Chalon - Pro A -
Crédit photo : Alban Moraux

Jean-Denys Choulet, entraîneur de l’Élan Chalon, parle de sa future saison en Bourgogne et de ses expériences passées dans une interview exclusive pour ISBE.

Inside Basket Europe : Bonjour Jean-Denys, merci d'avoir accepté cette interview aussi rapidement. Vous lisez un peu Inside Basket Europe ? 

Jean-Denys Choulet : Une ou deux fois, mais j'y vais pas très souvent je vais être honnête (rires). Je vais plutôt sur les sites techniques plutôt que ''les racontards''.

ISBE : Votre recrutement vient de se clore avec l'arrivée de Jeremy Hazell, vous pouvez nous parler un peu de ce joueur ?

JDC : On avait plusieurs options sur ce poste parce qu'on cherchait un poste 2-3 qui avait un peu d'impact comme Jason Rich avait chez nous. On avait plusieurs candidats comme Kevin Haynes qui était également en Italie, cela a traîné un peu donc on a laissé tomber. Il y avait Adrian Banks et énormément d'autres joueurs, mais ils demandaient trop d'argent. On avait déjà été intéressé par Hazell dans un premier temps mais il était retourné à Bologne et puis au dernier moment je pense que ça ne s'est pas fait. On lui a donc re-proposé puis on est tombé d'accord. On cherchait un joueur d'impact, capable de scorer dans les moments importants. On n'aurait pas pu conserver Jason Rich qui était financièrement trop important.

ISBE : Et donc deux, trois mots sur votre recrutement de cet été ?

JDC : On a en gros 70000 euros de moins dans la masse salariale et je pense que, malgré ça, on a fait une équipe qui devrait être, j'espère, plus compétitive que la saison passée. J'ai pris le temps de prendre les joueurs que je voulais, après il y a des paris, c'est sûr que John Robertson, je pense que les gens vont être un peu surpris de voir qu'on est allé chercher quelqu'un en Suède mais c'est quelqu'un qui sortait de Texas Tech et qui est un vrai bon joueur. Après il y a aussi Justin Brownlee qui était en Lega Due et qui sort de St John's et qui est également un très bon joueur, donc il y a des paris mais on va essayer de faire des paris gagnants.

ISBE : Cet été, vous n'avez perdu aucun joueur français par rapport à la saison dernière, c'était véritablement une volonté aussi ?

JDC : Déjà, nos joueurs français étaient tous encore sous contrat. Mathias Lessort a failli partir à Nanterre mais finalement cela ne s'est pas fait à la dernière, dernière minute, donc on avait nos 5 JFL et on comptait prendre seulement 4 américains, 4 JFL confirmés et 4 ''espoirs'' pour avoir 12 joueurs. Malheureusement, on ne l'a pas fait car des JFL il n'y en a pas et quand il y en a, ils sont pratiquement plus chers qu'un américain donc vu qu'on n'a pas eu les finances pour prendre un JFL de valeur, on s'est penché sur un 5ème américain.

ISBE : Cette saison, vous allez jouer la FIBA Cup qui est la nouvelle coupe de la FIBA, vous avez des informations sur cette coupe ?

JDC : Non, je ne sais absolument pas, on est dans l'inconnu et c'est en tout cas intéressant pour moi, pour les joueurs de jouer la Coupe d'Europe. On espère en tout cas pas aller trop loin en déplacement, mais c'est toujours intéressant de multiplier les matchs. Donc on va jouer les matchs pour les gagner, ça c'est sûr, après on verra comment l'équipe va se comporter durant la préparation. Bon, on est un peu dans l'inconnu au niveau de certains joueurs, mais en tout cas on a pris les risques mesurés au vu de notre budget avec lequel on ne peut pas faire n'importe quoi. Y a d'autres années où le basket français avait des gros salaires sur les joueurs américains, mais ces années sont derrières. Je pense qu'aujourd'hui il y a deux, trois clubs français qui sont capables d'avoir un gros budget et les autres vont essayer de suivre en galérant un petit peu. Mais c'est jamais une somme d'individus qui fait qu'une équipe tourne bien donc il faut voir comment ça va se passer.

ISBE : En ce moment avec cette nouvelle FIBA Cup, il y a des tensions entre l'Euroligue et la FIBA, vous en pensez quoi ?

JDC : Je suis pas rentré dans tous les détails mais je pense que la FIBA considère que l'Euroligue veut un peu faire du commerce et que eux sont là pour développer le basket, donc c'est deux courants différents. Voilà, moi je ne veux pas prendre parti là-dedans mais en tout cas les querelles comme cela servent rarement le basket.

ISBE : Si vous aviez eu le choix entre l'Eurocup et la FIBA Cup, vous auriez choisi laquelle ?

JDC : Si on m'avait proposé l'Eurocup, j'aurais choisi l'Eurocup parce que j'ai dans la tête l'Eurochallenge et à l'époque il valait mieux faire l'Eurocup que l'Eurochallenge, mais après on va voir ce que cette FIBA Cup va donner, c'est peut-être très bien, je peux pas vous dire vu que ce sera la première fois mais si c'était pour jouer l'Eurocup ou l'Eurochallenge, c'est sûr que j'aurais choisi l'Eurocup.

ISBE : Souvent les équipes qui jouent l'Europe ont un creux vers février-mars et si vous passez la première phase de cette FIBA Cup, est-ce que ça sera pas dur physiquement pour jouer le Top 8 en Pro A ?

JDC : Non je crois pas, je crois qu'il n'y a pas de relation cause à effet, c'est un peu des fausses excuses. Vous demandez à un joueur ou à un entraîneur s'il préfère jouer ou s'entraîner, vous savez la réponse. Le seul problème de cela, c'est si vous faites des ''déplacements catas'' où ça nous était arrivé à Krasnodar avec Roanne ou en Sibérie et c'est pas de tout repos, mais moi je préfère faire deux matchs par semaine et pour les joueurs c'est la même chose. Après c'est à nous les coachs de gérer les choses correctement de façon à ce que les joueurs n'aient pas de trous et je pense qu'avec un effectif de 10-12, il n'y a pas de raison qu'il y ait de trous.

ISBE : Donc ça ne vous dérangerait pas d'aller loin en Coupe d'Europe ?

JDC : Ah non, au contraire ! (Rires)

ISBE : Et en Pro A, c'est quoi l'objectif ?

JDC : Le but c'est d'être dans les 8 après on verra. Cela va être de plus en plus difficile car toutes les équipes sont regroupées et ont envie de faire bien, il n'y aura pas malheureusement des Bourg ou Boulogne cette saison, donc cette année je pense que c'est plus relevé que la saison dernière. Les deux promus ne sont pas mauvais, faut voir ce qu'Antibes va faire mais Monaco financièrement n'aura pas de soucis, ils ont recruté des bons joueurs. Après Antibes faut voir s'ils sont capables de recruter avec le budget qu'ils ont mais en recrutant malin on y arrive toujours, déjà ils ont renouvelé la plupart de leur effectif donc ils ne sont pas dans l'inconnu.

ISBE : D'un point de vue plus personnel, dans votre carrière de coach il y a eu des moments difficiles, vous avez assisté à pas mal de dépôts de bilan, vous êtes partis du BCM en 2000, c'était compliqué. Alors, est-ce qu'il y a eu un moment où vous avez eu envie de lâcher ?

JDC : Lâcher non. Ce n'était pas les dépôts de bilan les plus compliqués, au BCM ils avaient 10 Millions de francs de trou quand je suis arrivé alors on a épongé le trou pendant 4 ans en recrutant des bons joueurs qui ont été pillés chaque année. Ce qui a été le plus dur pour moi, c'est la fin de Roanne, comme cela s'est passé et on voit où Roanne est maintenant alors qu'on était en Euroligue et on se retrouve peu de temps après en Pro B et pas sûr de remonter en Pro A, donc c'était difficile parce que c'était ma maison Roanne. Maintenant j'ai une maison qui est Chalon et on a fait deux saisons correctes et on espère que ça va continuer parce que je crois qu'il y a tout pour faire des choses biens à l'Élan, y a le public, la salle, on a un budget qui est comparable à celui que j'avais à Roanne, donc y a pas de raison qu'on n'arrive pas à faire quelque chose. Le fait de lâcher, non mais après, ma période Liban a été difficile. Passer 8 mois au Liban parce qu'on a une réputation qui fait que les gens ont peur de vous prendre, c'est pas facile. Quand on est jugé sans être connu, c'est toujours difficile de juger les gens sans les connaître. Voilà, je pense qu'on a vu que je pouvais travailler autre part qu'à Roanne, mais c'est vrai que la période Liban était difficile parce qu'il y avait un contexte particulier. Le Moyen-Orient, c'est jamais simple pour des européens et on n'est pas habitué à vivre comme ça.

ISBE : Et cela vous inspire quoi la Chorale de maintenant ? Car ils ne sont pas remontés et ne sont pas sûrs de remonter la saison prochaine.

JDC : Je pense que la saison prochaine, c'est quasi mission impossible pour qu'ils remontent, pas seulement parce que j'ai vu l'effectif qu'ils ont constitué mais parce qu'il y a vraiment des clients en face quand on voit Bourg, Boulogne, Boulazac déjà ça fait peur. Voilà, moi ça m'inspire de la tristesse. Mais c'est passé, j'ai proposé de revenir après le Liban mais ça ne s'est pas fait pour des questions de personnes. Maintenant, mon travail et ma passion c'est à Chalon donc c'est comme ça ! C'est malheureusement une histoire qui s'est pas super bien terminée mais y a eu 11 ans de bon travail, mais comme vous le dites ils sont en Pro B maintenant, lorsqu'on a joué le Real Madrid, Barcelone et que maintenant ça se retrouve en milieu de tableau de Pro B, c'est vrai que ça fait drôle mais ça fait surtout drôle pour les gens de Roanne. Après le Liban, je pensais qu'il y avait quelque chose à refaire après le départ du Luka Pavicevic, mais après j'ai signé à Chalon et ils ont fait pas mal de rencontres avec pleins d'entraîneurs. J'avais un peu poussé pour qu'ils prennent Christophe Denis parce que je pensais que c'était la bonne personne pour un club comme Roanne la saison dernière mais ils ont fait un autre choix après il y a des gens qui ne sont plus sur la même ligne. Moi quand je vois l'équipe qu'il y avait l'année dernière, oui j'aurais aimé revenir. Mais maintenant que je suis à l'Élan, je préfère Chalon à Roanne, c'est clair. A ma sortie du Liban où je cherchais du travail oui j'aurais aimé refaire une expérience ici, mais maintenant je suis à Chalon et je remercie le président Dominique Juillot de m'avoir fait confiance et je suis très content de me réveiller tous les matins et d'être à Chalon. On fait pratiquement guichet fermé à chaque match et je suis allé en fin de saison dernière voir Roanne-Boulazac, j'ai été surpris de voir une salle qui, des deux côtés, était quasiment vide. C'est ça qui me fait le plus de peine, vous savez la salle avant était blindée à chaque rencontre et maintenant c'est différent. Les roannais ont été habitués à manger de la brioche pendant pas mal de temps et quand on goûte du pain on trouve que c'est pas bon mais il faut laisser le temps à Roanne de rebondir et se reconstruire. Je pense qu'il ne faut pas tarder car quand on a été habitué à faire beaucoup de Pro A et d'Euroligue, il faut vite remonter pour que les gens se rattachent vite au club car s'il y a pas de résultats, ça risque de végéter. Plus le temps passe, plus ça va être compliqué ! A Roanne, il y a encore des supporters qui aiment ce club, mais il faut des résultats pour faire venir les gens. Mais c'est leur problème, moi je suis chalonnais maintenant et ce qui m'intéresse, c'est de faire quelque chose avec Chalon.

ISBE : Vous avez donc été forcé de partir au Liban ?

JDC : Un peu forcé, oui. J'avais des contacts avec Limoges à l'époque et cela ne s'est pas fait mais j'avais une réputation que vous connaissez de quelqu'un qui avait l'habitude d'ouvrir sa bouche pour dire ce qu'il pensait et de quelqu'un de pas très tolérant, chose qui n'est pas vraie, mais c'est comme ça les gens vous connaissent pas et vous jugent donc voilà. Les libanais ont été très surpris par rapport à ce qu'ils avaient entendu de moi quand ils m'ont vu et qu'ils ont travaillé avec moi, donc vous savez on colle des étiquettes aux gens et j'ai pas trouvé de boulot en France, pas sur les compétences mais plutôt sur la personne et sur le fait de travailler avec moi. En gros, les gens avaient peur de travailler avec moi, peur de m'embaucher. Le Liban était une expérience difficile mais intéressante, les libanais sont des gens charmants mais c'est vrai que c'est une façon de vivre qui n'est pas la nôtre. J'étais au Nord du Liban, à Tripoli... c'est la frontière syrienne. Au niveau basket, le Liban ce n'est pas si différent de la France, il y a de très bons basketteurs là-bas, le basket est le sport n°1, tous les matchs sont télévisés donc c'est mieux qu'en France. Il y a de très très bons américains qu'on ne peut pas se payer. Moi à l'époque quand j'y étais ils avaient signé Quincy Douby à 75000 dollards par mois, le jour où on pourra mettre 75000 par mois en France sur un joueur hein, c'est pas arrivé. Voilà, le Liban est un pays magnifique par ses paysages, les libanais sont des gens charmants, j'avais un président exceptionnel dans un club bien structuré et pourtant à Tripoli, c'est pas toujours facile. Mais je remercierai toujours ces gens-là car au moment où ça n'a pas été facile pour moi, ils m'ont tendu la main. 

ISBE : En septembre, y a l'EuroBasket en France, vous pensez que la France peut conserver son titre ?

JDC : Je pense que ça va être difficile de conserver son titre, ils ont une bonne équipe, mais il n'y aura plus l'effet de surprise, il faudra assurer tous les matchs et être étiqueté en tant que favori, c'est toujours plus difficile que lorsque vous êtes outsider. A mon avis, ça va être difficile, s'ils y arrivent en tout cas c'est un énorme exploit, mais y a moyen de faire quelque chose. De toute façon, gagner deux fois de suite, c'est toujours difficile.

ISBE : Vous avez déjà été intéressé par un poste de sélectionneur ?

JDC : Oui, oui, il y a longtemps. A une époque, les médias parlaient d'un duo avec Jacques Monclar il y a quelques années en arrière mais je pense que les gens en place font leur travail correctement, donc il n'y a pas de raison. Un poste de sélectionneur, c'est toujours intéressant, mais il faut coacher en club à côté car faire que ça, cela me semble compliqué. Il faut que l'entraîneur de l'Equipe de France soit coach à côté pour travailler tous les jours, pour vivre le basket au jour le jour plutôt que de faire des rencontres. Après chacun peut penser ce qu'il veut, mais moi je pense que c'est mieux.

Encore un grand merci à Jean-Denys Choulet pour sa disponibilité et sa gentillesse, car il a très rapidement répondu à notre demande malgré le fait qu'il soit en vacances. Toute l'équipe d'Inside Basket Europe lui souhaite une très bonne saison avec l'Élan Chalon en Coupe d'Europe et en Pro A et le remercie une nouvelle fois pour son interview où il a dit, tout du long, ce qu'il pensait et ou nous avons diffusé, tout du long, ce qu'il pensait !!

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