C'est un immense honneur pour Inside Basket Europe que d'avoir eu la chance d'interviewer Monsieur Jacques Monclar, grande voix du basket français, tête d'affiche de BeIn Sport et conseiller du président du Paris-Levallois. Le PL, l'Eurocup, l'Euroligue et le basket français...il nous dit tout dans cette première partie.
Inside Basket Europe : Comment va le Paris-Levallois et son conseiller "spécial" ?
Jacques Monclar : Il n'est pas vraiment spécial le conseiller. Au départ j'étais team manager, mais lorsque l'Euroleague est arrivé sur BeIn Sport, je n'avais plus l'emploi du temps que je considère comme indispensable pour être directeur sportif. Voilà pour la petite histoire sur le fait que j'ai été nommé conseiller.
Pour ce qui est du Paris-Levallois on a recruté des nouveaux joueurs et surtout un nouvel entraîneur, en considérant que les joueurs déjà présents sous contrat étaient pas mals. Certains joueurs sont partis, nous avons négocié leurs sorties, puis d'autres sont revenus comme Landing Sané qui avait été prêté l'année dernière. Nous avons aussi de bonnes recrues avec Daniel Ewing, Nicolas Lang ou encore Elton Brown quand Sean May s'est blessé.
Ensuite on a voulu réactiver des joueurs qui étaient en situation d'échec comme Andrew Albicy, Maleye Ndoye et à développer des garçons comme Giovan Oniangue qui avait déjà montré de belles choses l'année dernière.
Grégor Beugnot n'était pas à l'ordre du jour quand je suis arrivé au Paris-Levallois
Grégor Beugnot n'était pas à l'ordre du jour quand je suis arrivé au Paris-Levallois. Après un audit et plusieurs discussions avec les joueurs, il nous est apparu que Christophe Denis n'était plus l'homme de la situation. Après nous avons eu réflexion et quand Grégor Beugnot a annoncé qu'il se libérait et après la défaite de Chalon contre Nanterre, nous nous sommes positionnés et l'affaire s'est conclue assez rapidement.
Nous avons eu un départ difficile malgré la victoire au Trophée des champions. C'est toujours bien pour un jeune club qui n'avait qu'un trophée, celui de la coupe de France, d'en gagner d'autre. Maintenant nous en avons deux. Après on a dû restructurer puisque nous avons perdu Sean May qui se blesse rapidement, et qui était le meilleur marqueur du dernier championnat et un joueur sur lequel le jeu est pas mal axé.
On a dû restructurer puisque nous avons perdu Sean May qui se blesse rapidement
On a commencé avec un 0-3, puis un 1-4 après le passage de l'Elan Béarnais chez nous. En considérant le match contre Gravelines, ça fait 7 victoires de rang (Huit depuis la victoire contre le CSP Limoges). On verra bien ce qu'il en sort par la suite, mais en tout cas ces six ou sept victoires de suite nous font du bien et même celles en Eurocup où nous avions très mal débuté ce qui nous a coûté la qualification.
Au final on termine avec 4 victoires et 6 défaites et cela nous laisse des regrets, mais c'est bon par rapport à ce que nous proposions au début où nous n'étions pas en place, nous n'étions pas dans le registre voulu par Grégor Beugnot. Nous manquions d'agressivité, de cohérence et de partage et depuis des garçons comme Maleye Ndoye ou Andrew Albicy tournent bien, Williams a trouvé son rythme aussi."
ISBE : Quand on regarde l'effectif du Paris-Levallois, on observe un écart de génération avec comme plus jeune des plus vieux Sean May né en 1984, et le plus vieux des jeunes qui est Andrew Alibcy né en 1990. Comment gérez-vous cet écart de génération ?
J.M : C'était un peu l'enjeu cette saison et sans doutes ce qui a peut-être coupé l'équipe en deux l'année dernière. Nous avons des pères de famille, de jeunes célibataires. Il y a des garçons qui ont donc de l'expérience, d'autres qui ont du talent et du potentiel, mais qui sont encore jeunes. Ce paramètre est effectivement un challenge et c'était une des missions de Grégor cette année que de le résoudre.
ISBE : Le Paris-Levallois a été éliminé de l'Eurocup mais avec une belle sortie 80-63 face à Union Olimpija. Mais cette sortie de la compétition est-elle une défaite ou l'objectif du club est ailleurs, à savoir l'Euroligue ?
J.M : Nous prenons cette élimination comme une forme d'échec bien entendu parce que nous aurions aimé passer dans les 32. Si nous n'avions pas eu ce départ difficile avec la blessure de Sean, je suis sûr que nous aurions eu une victoire en plus chez nous et cela aurait tout changé.
A Ljubjana on tombe en prolongation, à Varèse on fait un faux match affreux. Cela ne laisse pas des regrets, mais une frustration. Oui nous ne sommes pas dans les 32, mais on finit avec 4-6.
ISBE : Est-ce que l'on parle un peu plus de basket à Paris ?
J.M : Nanterre a montré qu'en gagnant on parlait des gens et quand la manière est bonne et excellente on en parle toujours. C'est gagner qui permet la médiatisation. C'est ramener des trophées, c'est jouer pour les meilleures compétitions.
Alors est-ce que cette année nous sommes formatés pour gagner, je n'en sais rien, je n'en suis pas sûr, mais en tout cas on va tout mettre en œuvre pour y arriver.
Nous savons qu'il y a un Plan Qatar 2015. Y a-t-il déjà des retours ?
J.M : Nous savons qu'il y a un dossier qui est en cours, mais nous ne sommes pas tenus au courant jour par jour ou mois par mois. Je le répète, l'idée c'est de créer un PSG Football-Handball-Basket et d'autres disciplines d'ailleurs. Nous ne pensons pas à ça. Nous pensons d'abord à gagner 17 matchs en Pro A pour jouer les playoffs.
ISBE : L'homogénéité du championnat de Pro A (9 clubs champions sur les 10 derniers exercices), n'est-elle un handicap pour que le basket explose médiatiquement ?
J.M : Médiatiquement non parce qu'il y a médiatisation nationale et médiatisation par la PQR qui est excellente.
Nanterre a porté le basket français dans la médiatisation, une équipe comme Strasbourg a le potentiel pour devenir un leader de ce championnat. Mais c'est plutôt bien d'avoir un championnat homogène parce que l'on est jamais sûr de rien, il faut batailler sur chaque rencontre.
Après une locomotive type PSG handball ou Montpellier à l'époque c'est effectivement quelque chose qui serait bien pour le championnat français.
ISBE : Que pensez-vous du parcours de Strasbourg qui est passé au travers de sa compétition ?
J.M : C'est un peu sévère de dire que Strasbourg est passé à travers. C'est sûr que de commencer l'Euroleague avec 0-5 c'est compliqué, mais Vincent Collet est un coach qui a besoin de temps pour mettre en place et l'Euroleague arrive vite pour lui. Il était en équipe de France avec Alexis Ajinça et Antoine Diot. Ricardo Greer était quant à lui en République Dominicaine. Ce sont les deux premiers matchs contre Bamberg et contre Istanbul qui coûtent la qualification de Strasbourg.
Parce qu'au bilan final et il faut mettre Nanterre en perspective, Strasbourg finit également avec trois victoires, et sur la phase retour c'est trois victoires sur cinq matchs. Les regrets c'est contre Bamberg, contre Istanbul et même contre Milan que j'ai commenté parce que l'Emporio était largement prenable.
Ce sont les deux premiers matchs contre Bamberg et contre Istanbul Anadolu Efes qui coûtent la qualification de Strasbourg.
ISBE : Il n'y a plus eu de club français au Top 16 depuis Pau-Orthez en 2007 ? Que manque-t-il aux clubs français pour y retourner ?
J.M : Je rappellerai qu'en 2007 quand Pau-Orthez joue le Top 16, ils ne font pas playoffs en Pro A (Pau-Orthez finit la saison à la neuvième place, mais a encaissé plus de points de Gravelines-Dunkerque qui occupait la huitième place). D'où l'antinomie entre le niveau du basket français en Europe et le niveau du basket français intra-muros.
Je rappellerai qu'en 2007 quand Pau-Orthez joue le Top 16, ils ne font pas playoffs en Pro A
On a un basket qui n'est pas vraiment adapté aux règles d'Euroleague. On a un basket vertical, un basket athlétique dans le sens élévation, course. En Euroleague vous payez très cher les balles perdues, les joueurs à 2m10.
Au final qu'est-ce qui manque au basket français. Pas grand-chose, parce que Cholet est passé tout près, parce que Chalon a perdu de deux points à Sienne, deux trois à Berlin, Villeurbanne ne s'est pas qualifié aussi à cause de son goal-average. Il ne manque vraiment pas grand-chose.
Il manque surement de la dureté dans l'exécution, la capacité à ne pas perdre le ballon et à bien défendre de manière constante. Il me semble que le style français n'est pas adapté à l'Euroleague.
Il ne manque vraiment pas grand-chose
ISBE : Est-ce que nous aurons droit encore à une finale entre le Real de Madrid et l'Olympiakos en Euroligue ?
J.M : L'Olympiakos et le Real sont invaincus et c'est tout sauf un hasard. Ensuite je dirais que le Fenerbache à une académie exceptionnelle, mais il leur manque peut-être un grand de haut niveau. Luka Zoric et Gasper Vidmar peuvent rentrer dans le mur contre le Real ou encore contre le CSKA et même le Barça qui est très bien équipé à l'intérieur avec Joey Dorsey, Ante Tomic, Erazem Lorbek, Marko Todorovic et même Bostjan Nachbar, c'est impressionnant.
Sur ces cinq là, il me semble que l'on a les quatre qui iront au Final Four. Après il faut voir s'il n'y a pas trop d'opposition directe en quart de finale. Sachant qu'après ce sont des matchs secs et que sur des matchs secs tout peut arriver.
Demain, la deuxième partie avec Jacques Monclar concerne la NBA, nos frenchies et l'aventure européenne de la bande de Tony Parker. A demain.