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Le derby éternel de Belgrade en Serbie

Le derby éternel de Belgrade en Serbie

 

Les premiers sont vêtus de rouge et blanc, les autres de blanc et noir. D’un côté on retrouve l’Etoile Rouge, de l’autre le Partizan. Ce sont les deux principaux clubs de la capitale Serbe. A la manière de leurs cousins grecs de Thessalonique ou d’Athènes, une grande rivalité existe entre eux.Pour les observateurs extérieurs cette rivalité peut être assimilée à de la folie ou de frénésie. Il résulte de cette passion, une ambiance chaude, particulièrement dure à appréhender pour les arbitres et les joueurs passant par le Pionir, la salle qui accueille les deux équipes.

Fondation et naissance de la rivalité

Leur histoire commence en 1945 au sortir de la seconde guerre mondiale, l’Etoile Rouge est fondée en mars, le Partizan en octobre. Le premier est créé par le parti communiste Yougoslave, le second par l’armée. Ainsi, le rapport est dès le début politique entre les deux futurs géants omnisports de la capitale serbe. Dans l’ancienne Yougoslavie, les deux clubs s’opposeront à d’autres géants de pays différents intégrés dans la fédération dirigée par Tito. Comme le Cedevita Zagreb, le Cibona Zagreb, le KK Bosna ou encore le KK Split. Ces trois derniers remportèrent la coupe des clubs champions durant les années 1970- 1980. Ainsi les équipes de chaque entité de la fédération catalysent le nationalisme de chaque pays. C’est dans ce contexte que les deux éternels ennemis se constitueront un palmarès conséquent. Avec le morcellement de la Yougoslavie, l’intensité du derby de Belgrade monte d’un cran. Il devient encore plus vif, il ne reste plus que les deux clubs de Belgrade pour se partager les trophées. Malgré des clubs plus petits comme le Mega Leks ou le FMP Belgrade qui parviennent parfois à titiller les deux grands, leur hégémonie reste intacte.

Avec la guerre de Yougoslavie dans les années 1990, la FIBA décide faire jouer les clubs yougoslaves en en dehors de l’ex-Yougoslavie. C’est ainsi que le Partizan Belgrade s’installe en Espagne à Fuenlabrada (un reportage de la télévision espagnole sur le sujet est particulièrement pertinent). L’histoire du Partizan est marquée par de nombreuses figures, comme Dusko Vujosevic, entraineur emblématique du club de l’armée. Celui-ci permet au club d’atteindre le final four de l’Euroligue en 1988. Opposé en demi-finale au Maccabi Tel-Aviv, le club s’incline malgré la présence de Vlade Divac, Alexandar Djordjevic ou encore de Zeljko Obradovic. Cependant il ira remporter le match pour la troisième place contre l’Aris Salonique.

C’est un jeune Obradovic, qui, devenu entraineur, mènera le club à la victoire en coupe des clubs champions en 1992. En 2001, « Dule », aujourd’hui entraineur du CSP Limoges, reprend les rênes de l’équipe. A ce moment une nouvelle compétition apparaît en 2001-2002, la ligue Adriatique, qui regroupe douze équipes de l’ex-Yougoslavie. Cette nouvelle compétition permet aux jeunes joueurs du club de se révéler. En effet, ceux-ci deviennent la ressource principale de l’équipe compte tenu des difficultés financières auxquelles le club est confronté. Avec une équipe au budget de près de 2 millions d’euros, un des plus petits budgets pour l’Euroligue (face aux 30 ou 4 à millions des géants turcs, espagnols ou russes), l’équipe parvient à rejoindre le Top 16 de l’Euroligue 2006-2007. Elle échouera en quart de finale contre le Tau Vitoria. En 2009-2010, les « Crno-beli » (noirs et blancs), retrouvent le Final Four de l’Euroligue, disputé à Paris, ce sont pourtant les rouges et blanc du Pirée qui fileront en finale. Malgré tout, le Partizan a réalisé un joli parcours en éliminant notamment le Maccabi Tel-Aviv et terminant juste derrière le pana lors de la phase de groupe.

Entre 2011 et 2014, Vujosevic fera éclore beaucoup de talent en construisant un groupe de jeunes talentueux et travailleurs. Parmi lesquels on retrouve trois français Leo Westermann, Joffrey Lauvergne, Boris Dallo. Mais également Bogdan Bogdanovic, Jan Vesely ou encore Davis Bertans). Ils remporteront deux championnats de Serbie et une ligue Adriatique. Tous partirent pour des grands clubs européens ou la NBA. Témoin de cette époque, Leo Westermann se livrera dans un reportage sublime d’intérieur sport sur le sujet.

L’étoile rouge, elle a fait son retour en Euroligue en 2014, quand le Partizan a fait le chemin inverse ralliant l’Eurocoupe. Les « rouges et blancs » ont connu leur période de faste lors des années 1950 mais aussi entre les années 1960- 1970, remportant notamment une coupe Saporta en 1974. La « crvena zvezda » s’est également taillé un solide palmarès en raflant les dix premiers titres du championnat. Cependant elle  a connu des années difficiles entre 1972 et 1992, saisons seulement ponctuées de quelques coupes. Quand la coupe ULEB existait encore le club s’est qualifié deux fois pour les quarts de finales et atteignit un top 16. De 2011 à 2014, le club atteindra 5 top 16 en Eurocoupe et une demie finale en 2013-2014, avec dans son roster des joueurs comme Jaka Blažič, Tadija Dragićević, Blake Schilb ou encore Demarcus Nelson (perdue contre l’UNICS Kazan). L’année 2014-2015 se solde par le premier triplé de l’histoire du club (championnat, ligue Adriatique, coupe).

Enfin, le retour en Euroligue le club fait très bonne figure atteignant lors de sa deuxième saison le top 16 et puis l’année dernière saison les Playoffs. La défense rugueuse des serbes, l’exploitation de jeunes talents et l’ambiance du Pionir permet au club de glâner de nombreuses victoires à domicile importantes dans le nouveau format de l’Euroligue. L’Etoile Rouge semble désormais de nouveau en selle et dominant au niveau local et par séquence en Euroligue. Tout peut arriver au Pionir, la frénésie du public pousse les joueurs à se dépouiller pour l’amour du maillot. Ainsi, l’Etoile Rouge a remporté la ligue ABA l’année dernière, avec un « sweep » en demi-finale contre le Cedevita Zagreb et une victoire en finale contre le Mega Leks. Tandis que dans sa ligue domestique l’ancien club du Parti a battu son rival historique avec 3 victoires contre 1.

Cette année l’Etoile Rouge réalise de belles performance en Euroligue actuellement dans le top 8 de la compétition, elle a réussi une belle série de 6 victoires de la journée 14 à 20. Une série particulièrement marquante puisque l’équipe à l’étoile a fait tomber des grands d’Europe comme le Real Madrid, le Panathinaïkos ou encore le Fenerbahce. Tandis que le Partizan Belgrade, engagé en Basketball Champions League, a terminé troisième de son groupe et, opposé au club « ami » du PAOK Salonique en 1/16ème de finale s’est incliné de peu au point-average.

Grobari et Delije 

C’est souvent par des déclarations d’amour que les supporters manifestent leur attachement à leur club pendant les matchs. Les uns lancent : « l’Etoile Rouge est ma vie, rien d’autre n’a d’importance !», les autres ripostent avec : « je donnerai ma vie pour le Partizan !». Les premiers sont surnommés les « delije », les vaillants en français et les seconds les « grobaris », les fossoyeurs, surnom faisant référence aux couleurs du club, semblable à la tenue des employés des pompes funèbres. Pour autant, Delije et Grobari ne sont pas des groupes homogènes. Ils sont composés de nombreux groupuscules aux diverses influences. Ces supporters sont réputés pour être parmi les plus fervents d’Europe, tout sport confondu d’ailleurs, puisque ces deux clubs comme le Panathinaïkos, le Real Madrid ou Besiktas par exemple sont des clubs omnisports. La chaude ambiance créée par les supporters permet aux deux équipes de gagner de nombreux matchs à domicile. Les équipes de Belgrade doivent beaucoup à la pression exercée par les supporters sur les arbitres et les joueurs adverses. L’ambiance du Pionir c’est des chants pendant tout le match, un public entièrement au couleur de son équipe et souvent des craquages de fumigène dans la salle. Delije et Grobari peuvent être le symbole de la mentalité ultras. Les premiers sont liés avec les supporters de l’Olympiakos et du Spartak Moscou et les seconds avec les supporters du PAOK et du CSKA Moscou. On fait souvent référence à ce lien par l’expression « orthodox brothers » Cependant ces supporters eurent un rôle de premier plan pendant les conflits des Balkans. Mais ils font aussi les gros titres des médias, responsables de heurts en marge des matchs ou même pendant les rencontres. Le 2 février 2017 notamment, l’Etoile Rouge de Belgrade a été sanctionné d’une amende 3000 euros à cause de l’allumage de fumigènes dans la salle. Mais aussi d’une autre amende, celles-ci de 7000 euros à cause de jets de projectile lors du match contre le Panathinaïkos. De l’autre côté, en 2013 les Grobaris furent responsables de l’arrêt d’un match contre le Cibona Zagreb pour les mêmes raisons. Pas facile d’aller jouer à Belgrade donc. Pour autant, la passion qui émane de ces clubs peut faire pâlir de jalousie de nombreux clubs de Pro A dépourvus d’ambiance ou des Franchises NBA à l’ambiance artificielle. Néanmoins, il ne faut pas oublier que cette passion, qui tend parfois vers la folie est, dans cette région du monde la manifestation d’un encrage profond des clubs. Souvent omnisports, ils bénéficient du soutien inconditionnel de leurs supporters. En effet, malgré les revers sportifs et les difficultés économiques, les supporters rouges ou noirs suivent davantage leurs équipes que certains tifosis de clubs bien portants d’Europe de l’ouest.

Les deux Ogres des Balkans

  • L’Etoile Rouge

Coupe des Coupes: 1974

Ligues Adriatique: 2014-15, 2015-16

Championnats Serbes: 2014-15, 2015-16

Coupes de Serbie: 2004, 2006, 2013, 2014, 2015, 2017

Championnats de Yougoslavie: 1946, 1947, 1948, 1949, 1950, 1951, 1952, 1953, 1954, 1955, 1968-69, 1971-72, 1992-93, 1993-94, 1997-98

Coupes de Yougoslavie: 1971, 1973, 1975

 

  • Le Partizan de Belgrade

Euroligue: 1992

Coupes Korac: 1978, 1979, 1989

Ligues Adriatique: 2006-07, 2007-08, 2008-09, 2009-10, 2010-11, 2012-13

Championnats Serbes: 2007-08, 2008-09, 2009-10, 2010-11, 2011-12, 2013-14

Coupes de Serbie: 2008, 2009, 2010, 2011, 2012

Championnat de Serbie et Monténégro: 2002-03, 2003-04, 2004-05, 2005-06, 2006-07

Championnats de Yougoslavie: 1975-76, 1978-79, 1980-81, 1986-87, 1991-92, 1994-95, 1995-96, 1996-97, 2001-02

Coupes de Yougoslavie: 1979, 1989, 1992, 1994, 1995, 1999, 2000, 2002

 

Des pépinières de talents

L’Etoile Rouge a révélé de nombreux talents européens et a vu passer dans son effectif des joueurs bien connu dans le championnat de France (Blake Schilb ou encore Demarcus Nelson). En effet, Jaka Blazic est passé par Crvena avant de filer à Vitoria. Le macédonien Pero Antic gagna la coupe de Serbie avec les rouges et blancs avant de s’envoler, plus tard, vers la NBA. Tout comme Nemanja Bjelica actuellement aux Timberwolves. L’ancien strasbourgeois Tadija Dragicević a aussi fait sa classe au sein des rouges et blancs. L’ancien pivot du SLUC Nancy, Elmedin Kikanović a lui été formé par la maison étoilée. Reste toujours au club l’expérimenté Marko Simonović, passé par l’élan Béarnais mais également le jeune Luka Mitrović, un futur grand. Ou enfin, Luka Bogdanovic actuel joueur de Badalona passé par les deux ennemis de Belgrade.

Le Partizan donc, a lui aussi été un incubateur à talents. Parmi les joueurs de l’Est de l’Europe formés par l’académie blanche et noire on retrouve Vlade Divac (qui fera une pige à l’Etoile Rouge également). Mais aussi Sacha Djordjevic, aujourd’hui sélectionneur de l’équipe nationale et Predrag Danilović tous deux gagnants de l’Euroligue de 1992. Nikola Peković qui fut double vainqueur de la ligue Adriatique avec les blancs et noirs. Ou encore Dragan Kikanović, double gagnant de la coupe Korac avec le Partizan dans les années 1970. Drazen Dalipagić, partenaire de Kikanović fut également formé de l’aventure du sacre de 1978 en coupe Korac et finira sa carrière à l’Etoile Rouge (intronisé au hall of fame du basketball). Il faut aussi mentionner Joffrey Lauvergne qui fut le premier capitaine non-serbe de l’équipe ou encore Leo Westermann et Davis Bertǡns (actuellement au San Antonio Spurs). Enfin Bo McCalebb y effectua un passage en 2010, le temps de gagner la ligue Adriatique, d’atteindre le final four de la compétition et d’être élu dans le cinq majeur de la compétition.

Aujourd’hui, rester compétitif malgré les difficultés

Les clubs serbes ont souffert de l’embargo de l’ONU pour cause de guerre mais également de difficultés financières. Si aujourd’hui l’Etoile Rouge est le plus petit budget de l’Euroligue avec environ 5 Millions d’euros, elle reste tout de même dans le top 8 de la compétition. Il ne faut également pas oublier que le club rouge et blanc avait accumulé une dette de l’ordre de 15 millions d’euros. Le club a pu relever la tête notamment grâce à son nouveau président Nebojsa Cović, ancien mairie de Belgrade et entrepreneur. Cović a assaini les finances du club et lui permis de prendre le contrôle du FMP Belgrade (club formateur de Milos Teodosić entre autre). Crvena est donc présente depuis 3 saisons en Euroligue grâce à ses victoires en Ligue Adriatique. Les résultats de l’équipe s’améliorent de saison en saison sur la scène européenne. L’Equipe dispose d’un effectif moins pléthorique que certains géants européens mais a du cœur et se bat à chaque match, ce qui lui permets d’obtenir des victoires contre de grosses formations. Les rouges et blancs sont donc double champion de Ligue Adriatique, vainqueur de la coupe de Serbie et enfin double champion du championnat serbe.

Le Partizan connait ses dernières années une période de creux. Bien que la formation est arrêtée la série de victoire de son rival de toujours en Ligue Adriatique (le 5 février), le club vient de se faire éliminer de peu en 1/16ème de finale de la Basketball Champions League. Son dernier titre remonte à la saison 2013-2014. Le club est actuellement 4ème de ligue Adriatique, à 5 points de l’Etoile Rouge, solide leader avec une seule défaite. Les blancs et noirs ont également perdu la finale de la coupe de Serbie cette saison contre l’Etoile Rouge justement. L’équipe est certes jeune et inexpérimenté mais elle a un gros cœur et beaucoup d’envie. A l’image d’Uroš Luković, le pivot de l’équipe (2 m 13), les jeunes loups du Partizan se sont battus jusque dans les dernières minutes pour arracher leur qualification contre le PAOK. En vain, pourtant il y a de l’espoir quand on connait l’organisation du club et l’envie de bien faire des joueurs.

Ainsi, même si le rapport de force semble déséquilibré, les derbies de Belgrade entre Partizan et Etoile Rouge sont toujours aussi plaisant à regarder que ce soit en termes d’intensité sur le terrain ou en tribune.

 

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